Tabac

 

 

 

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Filière

Les étapes de traitement des feuilles de tabac sont présentées dans cette partie et consistent essentiellement dans le séchage des feuilles qui varie largement en fonction de la région et du type de tabac produit.

- Les différentes méthodes de séchage du tabac
- La filière chinoise du tabac

Les différentes méthodes de séchage du tabac

Il existe quatre méthodes de séchage :
- Le tabac séché à l'air chaud
- Le tabac séché à l'air naturel
- Le tabac séché au feu
- Le tabac séché au soleil

Le tabac séché à l'air chaud
Terme anglo-saxon : flue-cured
Exemple de tabac séché de cette manière : Virginie

Le séchage à l'air chaud est le principal procédé utilisé pour fabriquer des cigarettes. Il a été mis au point en 1823 aux États-Unis et utilise une source artificielle d'énergie pour déshydrater la feuille. En Europe comme aux États-Unis, les installations de séchage sont souvent des hangars métalliques dans lesquels l'énergie est fournie par le biais du pétrole ou du gaz naturel. Ils possèdent souvent un dispositif automatisé ou semi-automatisé de gestion de la température et de l'hygrométrie. Aux États-Unis, la période de séchage requiert les neuf dixièmes de l'énergie totale utilisée lors du processus de fabrication. Dans la plupart des autres pays producteurs, l'installation est en bois ou en brique et l'énergie est fournie par le bois comme au Brésil ou le charbon comme au Zimbabwe. Le mode de séchage à l'air chaud se classe au premier rang par son taux d'utilisation avec environ 6 tonnes de tabac sur 10 traité par ce processus.

La phase de séchage s'étale généralement sur une semaine et se décompose de la manière suivante :
- la première opération consiste à jaunir les feuilles. Elle se déroule sur deux jours et passe par une augmentation progressive de la température à l'intérieur de l'installation jusqu'à atteindre 34°C.
- La deuxième étape qui passe par une augmentation brutale de la température (jusqu'à 55°C) et une évacuation rapide de l'humidité, doit permettre de fixer la couleur définitive de la feuille.
- La phase numéro trois se base sur une augmentation de la température à l'intérieur du "four" jusqu'à atteindre un niveau maximum de l'ordre de 70°C. Contrairement à la première étape de chauffage, celle-ci doit être limitée à la température donnée précédemment et doit être effectuée par palier afin de ne pas risquer de faire caraméliser les sucres contenus dans les feuilles. On appelle cette dernière opération "la réduction des côtes".
- Finalement, on laissera les volets du séchoir ouverts pendant une nuit afin de permettre aux feuilles entreposées de se refroidir et d'atteindre un taux d'humidité d'environ 15%. Ceci effectué, les feuilles pourront être transportées et entreposées pendant près d'une année.

Le séchage à l'air chaud est un processus où le maintien clos ou non des ouvertures vers l'extérieur permet de réguler l'hygrométrie et la température afin de révéler les pigments caroténoïdes contenus dans la feuille (qui vont lui donner sa couleur jaune-orangée). Cette opération permet également d'augmenter de manière assez sensible le taux de sucre contenu dans le produit final, surtout du fructose et du glucose. Au final, ce produit possède une teneur en nicotine plus élevée que la moyenne.

Quelques défauts communs induits par le processus peuvent apparaître lors de la dernière opération : ce sont par exemple une couleur rouge, ou d'un orangé très prononcé qui sont le signe visible d'un empressement dans le chauffage ou d'un mauvais dosage dans l'augmentation graduelle de celui-ci (caramélisation des sucres). Le séchage des feuilles de tabac doit être surveillé de manière très attentive afin que le produit ne brunisse pas et ne perde pas du même coup tous ses arômes et ses sucres.

Le tabac séché à l'air naturel
Terme anglo-saxon : air-cured
Exemple de tabac séché de cette manière : tabacs noirs et tabacs clairs type Burley

Comme l'appellation de cette technique le laisse présager, aucune source d'énergie extérieure n'entre dans ce processus de séchage. De ce fait, le séchage à l'air libre prend beaucoup plus de temps que celui à l'air chaud puisqu'il dure entre quatre et huit semaines en fonction des conditions météorologiques et la manière dont le planteur parvient à gérer le taux d'humidité à l'intérieur de son installation. Les tabacs qui sont issus d'un tel procédé présentent en principe une teneur en sucre assez faible

Après cette étape de séchage et contrairement à ce qui se passe avec les autres types de tabac, les tabacs noirs sont mis à fermenter. Afin de parvenir à satisfaire les caractères essentiels que l'on attend d'un tabac noir fermenté, c'est à dire des feuilles de couleur jaune à brun roux et un taux de sucre assez faible, le planteur pourra recourir à l'une des trois techniques suivantes.

La fermentation naturelle en masse

Cette technique consiste à entasser les feuilles de tabac de manière assez uniforme grâce à l'utilisation de coffres amovibles. Cet amoncellement provoque un échauffement spontané qui, associé à l'humidité des feuilles, conduit à leur fermentation. Une fois que la température atteint 50°C et juste avant qu'elle ne redescende, les tas sont retournés et l'opération est ainsi renouvelée jusqu'à ce que le tabac soit sec. Dans des cas extrêmes, il est possible d'avoir recours, pendant un temps seulement, à une source d'énergie artificielle afin de prévenir tout pourrissement du tabac. Certaines installations sont pour cela équipées de ventilateurs qui permettent de contrôler de manière plus précise le niveau d'humidité ainsi que la température. Cette phase de transformation du tabac peut s'étendre sur un trimestre.

La fermentation dirigée

Le tabac est mis à sécher dans une pièce saturée à 90% d'humidité et dont la température avoisine les 55°C. Ce mode de séchage qui prend entre une semaine et dix jours donne aux feuilles une couleur plus uniforme ainsi qu'un arôme et un goût plus doux.

La fermentation dirigée humide (CHP)

La fermentation dirigée humide est une technique assez récente comparée aux autres : elle n'existe que depuis 1971 et découle de l'association des deux techniques précédentes. Elle consiste à faire sécher les feuilles de tabac dans des caisses présentant un taux d'humidité de 30% durant plusieurs mois, puis de leur faire subir une phase de fermentation dirigée.

Le tabac séché au feu
Terme anglo-saxon : fire-cured
Exemple de tabac séché de cette manière : Kentucky

Les feuilles de tabac sont suspendues à des lattes dans une pièce fermée. Après une période de deux à six jours, elles peuvent commencer à être séchées à la chaleur et à la fumée d'un feu de bois allumé sur le sol au sein d'un âtre ouvert. L'exploitant pourra en cas de besoin agir directement sur le niveau de chaleur émis, l'hygrométrie ainsi que la ventilation du lieu. Cette capacité est essentielle quand on sait que chacune des phases de l'opération requiert des conditions particulières.

Le séchage au feu permet au tabac de se charger des arômes dégagés par la combustion du bois et fournit ainsi une gamme de tabacs noirs au goût très prononcé (de créosote) et caractéristique. Selon les zones géographiques et le caractère gustatif que l'on souhaite attribuer au tabac, on choisira de faire durer le processus sur une à dix semaines de manière continue ou intermittente. Les tabacs vieillis par le biais de ce procédé possèdent généralement une teneur en nicotine plus forte, pour un taux de sucre assez faible. Ils sont principalement employés pour le tabac à pipes, à priser et à chiquer.

Le tabac séché au soleil
Terme anglo-saxon : sun-cured
Exemple de tabac séché de cette manière : principalement les tabacs d'Orient

Les feuilles de tabac sont séchées dans des filets sous l'action du soleil. Ce travail prend généralement un mois, toutefois la durée peut être plus ou moins longue selon les conditions météorologiques dont bénéficie la région durant cette période.

Ce sont principalement des tabacs dits orientaux qui sont cultivés dans le bassin méditerranéen qui bénéficient de cette technique. Comme celle du séchage par le feu, le séchage solaire permet de fournir des tabacs qui seront utilisés comme tabac à pipe, à chiquer ou à priser. Ils sont d'ailleurs assez proche d'aspect. Ils possèdent généralement une teinte brune assez sombre, un fort taux de nicotine et peu de sucre.

Après séchage, les feuilles sont classées par grade. Cette opération est variable selon les pays, mais les principes de base sont ceux d'un classement par type de tabac, taille des feuilles, coloration. Les feuilles d'une même qualité sont ensuite emballées par balles, puis entreposées en attendant l'expédition vers les usines de transformation.

La filière chinoise du tabac

La Chine, premier producteur mondial de tabac avec 2,4 millions de tonnes produites en 2002 soit plus de trois fois plus qu'en 1961 (696'000 tonnes). Cet État est dans le même temps, le premier pays consommateur de ce produit de base avec environ 40% des utilisations apparentes mondiales. Il consomme domestiquement la quasi intégralité de ce qu'il produit. Bien que la part des quantités de tabac brut exportée semble progresser depuis 1998 environ, elle n'a représenté sur les quarante dernières années (1961-2001) que 2,5% de la production nationale. La "meilleure" année est 2001 avec un peu plus de 5% de la production domestique exportée.

La production chinoise est principalement réalisée par de petits planteurs dont le tabac ne constitue pas le revenu principal mais correspond à une culture supplétive. La production chinoise a très fortement progressé depuis les années 1960. Elle a été plus que multipliée par six. Cet essor a été particulièrement visible entre 1980 et 1997 (indiquée par les deux traits gris sur le graphique) et s'explique presque uniquement par l'augmentation tout à fait substantielle des terres consacrées au tabac au cours de cette période.  

Source : FAO

Si l'on s'en tient aux chiffres publiés par L'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (F.A.O.), on s'aperçoit qu'au cours de la période 1980-1997, la production a connu une augmentation de l'ordre de 370% passant ainsi de 920 000 tonnes produites en 1980 à plus de 4,3 millions de tonnes en 1997 pendant que les terres consacrées à la culture du tabac sont passées de 520 000 hectares en 1980 à plus de 2,3 millions d'hectares en 1997. Le rendement à l'hectare au cours de la période n'a quant à lui quasiment pas bougé. L'augmentation très importante de la production due notamment à une politique de quotas souhaitée par le gouvernement a conduit à une sur-offre de tabac brut (env. 70 millions de tonnes) sur ce marché dont l'industrie ne pouvait traditionnellement absorber que 40 millions de tonnes de tabac par an. C'est pour cette raison que de 1997 à 1998, le gouvernement central de Pékin a décidé de diminuer de manière drastique l'allocation des terres agricoles à la culture du tabac (-44%). Cette décision a permis de réduire la production de tabac brut qui a été ramenée de 4,3 millions de tonnes en 1997 à 2,4 millions en 1998. Depuis cette date, la production annuelle chinoise de tabac brut s'est stabilisée aux alentours de 2,4 millions de tonnes.

Il existe actuellement un peu moins de six millions d'exploitations agricoles en Chine qui cultivent le tabac. Elles se situent pour plus de la moitié dans les Provinces du Yunnan, du Guizhou, du Sichuan et du Henan et bien que le tabac représente rarement la culture principale, il n'en reste pas moins une source de revenu importante tant pour l'exploitant que pour les autorités régionales.

Le marché chinois, malgré une certaine ouverture récente reste encore monopolistique. Une fois le tabac récolté et séché, le gouvernement achète les feuilles aux producteurs à travers un système de soutien au prix fixé par l'"Economic Planning Commission" et la "China National Tobacco Corporation (CNTC)" et les fournit aux entreprises de transformation qu'il détient en aval. Le prix au producteur a doublé entre 1980 et 1997 passant ainsi de 1 597 Yuan la tonne en 1980 à 3 962 Yuan en 1997. Les unités de traitement du tabac ont une capacité annuelle totale de traitement de quarante millions de tonnes de tabac brut environ. Elles sont au nombre de 136 placées sous l'autorité du ministère de l'économie et du commerce au travers de la "State Tobacco Manufacturing Administration (STMA)" fondée en 1982. Cette entité a pour vocation de gérer tout ce qui a trait au commerce, à l'exportation, à l'importation et à la commercialisation des produits du tabac en Chine, en particulier par le biais de la "China National Tobacco Sales & Marketing Corporation". Malgré cette apparente concentration entre les mains de l'État, le marché du tabac chinois est un des moins concentré au monde et est fortement décentralisé. Dans son édition de mars 2002, la German Industry and Commerce Hong Kong, South China, Vietnam établit une comparaison entre les marchés chinois et américain en exprimant la concentration de l'industrie dans chacun de ces Etats en pourcentage. Les chiffres donnés sont les suivants : 16% pour le marché chinois et 96% pour les États-Unis. Le secteur tabatier représente une manne financière pour le gouvernement central (environ le dixième du revenu total des taxes du pays). Malgré cela, une politique de réformes a été mise en place qui vise à réduire le nombre d'intervenants sur le marché intérieur soit par le biais de la fermeture d'entreprises, soit par celui de fusions entre compagnies, afin d'atteindre le chiffre de 100 entreprises dans un avenir proche. En 2002, celles-ci ont fourni 1700 milliards de cigarettes soit un tiers de la production mondiale.

Les cigarettes étrangères sont quasiment inexistantes sur le marché chinois, sauf pour celles provenant du marché de contrebande, qui comme mentionné dans la partie "marché" (commerce international) de cette fiche occupe une place extrêmement importante dans le secteur des cigarettes. Pour les quelques marques présentes légalement sur le marché, elles proviennent de l'importation à travers la "State Tobacco Manufacturing Administration (STMA)" qui utilise le système dit des "consignments" pour leur commercialisation, ce qui signifie qu'elle ne paie que pour ce qu'elle a vendu.

La présence étrangère se ressent tout de même au travers de la création de joint-ventures entre partenaires chinois et américains notamment (ex. R.J Reynolds et British American Tobacco).

 


 

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