Sucre

 

 

 

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Filière

- La filière internationale
- Quelques exemples de filières nationales

La filière internationale

Le sucre produit par plus de 150 pays différents, dont les deux tiers pour la canne à sucre et un tiers pour la betterave, a pour corollaire la concurrence entre pays en développement et économies industrialisées. La filière sucrière internationale est caractérisée par la coexistence de deux matières premières, la betterave et la canne à sucre, pour fabriquer un seul produit final : le sucre. Cette particularité influence fortement le mode opératoire de la filière dans le sens où, à l'inverse du processus de transformation, la structure de la production (annuelle ou pérenne), la formation des prix et la commercialisation varient de manière considérable.

Dualité des filières canne à sucre et betterave

Source : Secrétariat de la CNUCED

La dualité de la filière sucrière se traduit par la possibilité de concevoir, dès l'origine, un certain nombre d'arbitrage en fonction de l'évolution des prix du sucre (brut versus raffiné), des coûts de production (canne par opposition à betterave) et des cours des sous-produits (alcool, éthanol, etc.). Pour de plus amples informations à ce sujet, se référer à la présentation "Trade in Sugar: Implication of Potential Liberalisation".

L'impact de la segmentation du marché du sucre sur la structure de la filière internationale n'est pas négligeable du fait de l'existence concomitante :
- d'arrangements préférentiels (comme par exemple le protocole sucre dans le cadre des accords de Cotonou entre l'Union européenne et les pays ACP ou le régime de contingentement aux Etats-Unis);
- de régimes spéciaux tels que l'organisation commune du marché du sucre (OCM) de l'Union européenne et le régime des préférences nationales aux Etats-Unis;
- d'un marché libre résiduel.

Cependant, pour tous ces segments de marché constituant les différents éléments de la filière internationale du sucre, de nombreux intermédiaires sont actifs entre le producteur et le consommateur final.

Schématiquement, la production de canne à sucre est plus atomisée et intensive en main d'œuvre que celle de betterave, généralement plus fortement mécanisée.

La filière internationale du sucre

Source : La filière sucre, Philippe Chalmin, 1982

En ce qui concerne la commercialisation, le marché du sucre se présente sous deux formes: le marché libre d'une part et les régimes spéciaux en vigueur d'autre part.

Le marché libre (également appelé marché résiduel) a pris une importance particulière au début des années 1990 avec la fin des accords de compensation et du commerce de troc caractérisant les relations commerciales de l'ex-URSS avec ses principaux partenaires. (Pour de plus amples informations, se reporter au site de l'Organisation internationale du sucre (OIS) et en particulier à l'article intitulé " FSU sugar market ten years after the collapse of the USSR "). Dans les années 1980, la part du sucre commercialisé sur le marché libre était d'environ 19% ; dans les années 2000, elle est estimée à 30%. Sur ce segment, de nombreuses structures sont en concurrence en fonction des acteurs présents sur les différents marchés nationaux. Lorsque les planteurs sont organisés en coopérative, cette dernière peut, dans certain cas, prendre une part active dans la commercialisation du sucre. Cependant, la complexité des processus de transformation entraîne souvent une association entre les producteurs et les sucriers; ces derniers jouant un rôle influent dans la commercialisation. Les sociétés de négoce sont loin d'être absentes de ce processus et participent activement aux différents arbitrages se présentant le long de la filière. Les activités de négoce domestique sont généralement assez faible en volume, sauf lorsqu'il s'agit d'intermédiaires locaux mandatés par un grand groupe. Le nombre de sociétés de négoce activent dans la commercialisation internationale a eu tendance à diminuer sous l'effet des fusions/acquisitions; les volumes par transaction étant cependant plus élevés dans les années 2000 qu'au cours des années 1980 et 1990.

Les régimes spéciaux et arrangements préférentiels sont décrits plus en détail dans la partie "politiques économiques". Ils constituent une manière différente de commercialiser le sucre puisque, la plupart du temps, le prix est fixé à l'avance, rendant les arbitrages "prix" moins attractifs (seul le risque de change persiste). Une des tendances lourdes observée à la lumière du processus de mondialisation en cours, est la réduction du nombre de sociétés publiques (ou assimilées) dans la commercialisation du sucre.

Quelques exemples de filières nationales

De nombreux acteurs dépendent directement ou indirectement de la filière sucrière dans les pays en développement producteurs de cette matière première. Ce secteur emploie par exemple environ 15% de la population nationale active du Swaziland et les deux tiers de la main d'oeuvre agricole à Maurice.

Les accords préférentiels jouent également un rôle important pour des pays fortement dépendant de la filière sucrière tels que l'Ile Maurice ou Fidji. Pour illustration, le Centre européen de gestion des politiques de développement (ECDPM) a estimé que "les transferts découlant de la stabilité des prix et de l'accès garanti au marché prévus par le protocole sucre sont substantiels. Pour l'île Maurice (...), ils s'élèvent à 6 % du PIB ; à Fidji, ils sont estimés à approximativement 4 % du PIB pour la période 1980-1990. L'importance de ces transferts est soulignée par le nombre considérable de personnes dépendantes de l'industrie sucrière. A Fidji, le sucre constitue 40 % du secteur agricole et emploie directement 25 % de la population active". Cependant, à partir des années 1990, ces deux pays ont entrepris des programmes de diversification de leur base exportable avec pour conséquence une forte baisse (estimée sur la période 1992-2002 à -30% pour Maurice et -80% pour Fidji) de la part du sucre dans les exportations totales.

Brésil

La canne à sucre est généralement produite dans le cadre de grandes plantations qui emploient une main d'oeuvre abondante. Les exportations de sucre brésilien varient en fonction des sous-jacents du marché international mais sont également fortement influencées par la consommation domestique et par l'utilisation alternative de la canne dans le cadre du programme "éthanol". Dans les années 2000, la moitié de la production des usines sucrières est destinée à la transformation en éthanol à usage domestique.

Jusqu'en 1990, l'industrie du sucre était réglementée par le gouvernement fédéral qui gérait les exportations au travers un organisme para-public, le "Brazilian Instituo do Alcool e do Acuzar". Depuis lors, la transformation et la commercialisation du sucre ont été privatisées et seul le programme éthanol est encore admis à recevoir des soutiens publics. Le Brésil possède des sucreries ultra modernes ayant recours à des centrales de co-génération à base de bagasse. Le financement de la filière se fait d'ailleurs au travers de ces structures lors de la livraison de la canne à sucre (qui est couramment utilisée comme garantie).

Cuba

La filière du sucre a été nationalisée à Cuba en 1960. Elle est dorénavant supervisée par le Ministère du sucre (le Minaz) qui gère 80% de la production nationale.

Entre 1970 et 1990, la culture de la canne à sucre s'est modernisée et s'est mécanisée à Cuba. Des moissonneuses batteuses ont progressivement remplacé les travailleurs saisonniers employés jusqu'alors pour ce travail. D'après certaines estimations de l'industrie, le taux de mécanisation serait passé de 25% en 1975 à plus de 60% à la fin des années 1980. Toutefois, avec le début de la décennie 1990, le taux a baissé, notamment sous l'influence de la dégradation des termes de l'échange (hausse des prix à l'importation : notamment de l'essence due à l'augmentation des cours internationaux et parallèlement à une baisse du prix du sucre).

La filière cubaine du sucre

Source : Secrétariat de la CNUCED

En 2003, la culture de la canne à sucre à Cuba se fait sur des exploitations situées en grande partie dans la province de Las Tunas. Elle représente environ le tiers de la superficie agricole totale de l'île, soit plus d'un million d'hectare et emploie environ un demi-million de personnes aussi bien dans les champs que dans plus de 156 moulins à sucre répartis sur l'île. La canne à sucre affiche sur l'île un rendement à l'hectare de 30 tonnes (le plan de restructuration de la filière prévoit 54 tonnes par hectare d'ici à 2007). Une fois récoltée entre novembre et juin de chaque année, la canne à sucre est immédiatement transportée vers les sucreries. Ce transport se fait principalement par l'intermédaire de voitures tractées par des animaux ou par voie ferroviaire nationale (des wagons tirés par des locomotives très anciennes sur un réseau de 7000 km). On fait rarement appel à des camions pour transporter la canne car ils sont en nombre réduit sur l'île et fonctionnent à l'essence qui est rationnée. Des accords de compensation "pétrole contre sucre" existent d'ailleurs entre Cuba et la Fédération de Russie. Tout comme existent toujours des accords commerciaux entre Cuba et seize pays du continent africain qui prévoient l'échange de sucre contre des légumineuses, du café, du bois ou de l'aluminium, etc. Ceux-ci représentent un peu moins du tiers des exportations cubaines de sucre.

Aujourd'hui, le principal défi qui se pose à la filière cubaine est de faire face à une concurrence mondiale dont les coûts de production sont souvent inférieurs aux siens comme c'est par exemple le cas en Thaïlande ou en Colombie.

Afin d'améliorer le degré de compétitivité de sa filière sucrière, le gouvernement cubain a décidé au cours de l'été 2002 de fermer 70 usines sur 156 et de diminuer le nombre d'employés d'environ 100'000 personnes. Certaines restructurations ont été entreprises dans le cadre de Cubazúcar afin de favoriser les investissements dans le secteur sucrier et en particulier au niveau de la commercialisation. Des sociétés à capitaux étrangers semblent d'ailleurs avoir considéré cette possibilité. Dans le même temps, la réforme de l'industrie sucrière cubaine envisage la décentralisation et la diversification de la production cubaine en attribuant en particulier des terres originellement prévues pour la culture de canne à sucre à de nouvelles activités (sylviculture, élevage, production laitière, affermage production de fruits et légumes, etc).

Pour de plus amples informations concernant la filière cubaine, se reporter aux documents suivants :
- Cuba and the international sugar marcket, Oscar A. Echevarría (Cuba in transition : Volume 5, 1995)

Maurice

L'industrie sucrière est considérée comme l'un des piliers de l'économie mauricienne et a été utilisée comme véhicule afin de permettre au pays une plus grande diversification de ses secteurs. La plantation de sucre occupe une part prépondérante des terres cultivables de l'île (entre 70% et 90% des terres disponibles à la culture). La moitié de la production de canne est cultivée par de grandes plantations, l'autre étant répartie entre un nombre important de petits planteurs. Le recours à une main d'oeuvre saisonnière semble de plus en plus difficile à assurer du fait de la diversification de la base économique du pays (par exemple le développement du secteur touristique). L'économie sucrière continue d'être fortement dépendante des accords préférentiels accordés dans le cadre du protocole sucre (accord de partenariat de Cotonou) et dans une moindre mesure du quota accordé par les Etats-Unis. La commercialisation ainsi que la fixation des prix sont centralisées par le "Mauritius Sugar Syndicate" qui assure la gestion des risques de change (monnaie locale versus euro et dollars). Les petits planteurs traitent également avec cet organisme, directement ou au travers de coopératives, pour la transformation de la canne alors que les grandes plantations possèdent généralement leurs propres sucreries. A l'instar du Brésil, le financement de la filière s'appuie sur des garanties prises lors de la livraison de la canne aux usines de transformation. Afin de sécuriser les revenus d'exportation de la filière (les prix étant déjà fixés dans les accords préférentiels), le pays a mis en place une assurance récolte pour protéger les planteurs contre les risques de catastrophe naturelle. Les revenus d'exportation sont répartis entre les producteurs et les transformateurs en fonction de ratios préétablis. Quant aux sous-produits, la bagasse est utilisée au niveau domestique comme source d'énergie alors que la mélasse est exportée (et habituellement exempte de taxes à l'exportation). Des efforts ont été entrepris afin de diversifier la base exportable avec le développement de sucres spéciaux non raffinés.

Fidji

Au même titre que l'Ile Maurice, la filière sucrière fidjienne représente un secteur clé (avec le tourisme) de ce pays. La production est réalisée sur de petites plantations, de manière traditionnelle (intense en main d'oeuvre) et environ 20 000 petits producteurs dépendent directement de ce secteur; 20 000 autres ouvriers agricoles étant recrutés de manière ponctuelle pour les travaux saisonniers. Les accords préférentiels (Cotonou et contingentements américains) jouent également un rôle prépondérant dans la filière de ce pays en sécurisant des débouchés commerciaux à des prix préférentiels. Le reste de la production étant commercialisé au travers de contrats de longue durée (à destination de la Malaisie, du Japon, de la Chine et de la Nouvelle-Zélande) à prix souvent négociés au-dessus des cours mondiaux. La commercialisation est centralisée par la "Fidji Sugar Marketing Corporation" qui fixe les prix hors usine de transformation et gère les risques de change des principales ventes en devises (euro et dollars). Cette dernière traite généralement directement avec les grandes raffineries mondiales. Le financement est habituellement adossé à une garantie de nantissement (livraison de la canne à sucre pour transformation) mais également à des titres de propriétés fonciers. Le marché de la mélasse constitue un des débouchés alternatifs des sous-produits du sucre, Fidji ayant développé un certain nombre d'activités afin de se positionner sur ce segment.

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